Tout juriste s’intéressant à la justice pénale internationale devrait lire ce livre passionnant, dû à la plume d’ un journaliste de valeur, qui retrace de manière richement documentée – y compris par l’exploitation de témoignages recueillis auprès de divers protagonistes de tout premier plan – l’histoire véridique de la réalisation (oh combien embryonnaire, partielle, décevante à beaucoup d’égards, mais réalisation quand même!) d’une vieille utopie: celle visant à doter la communauté internationale de juges capables, dans l’intérêt de l’humanité, de contenir la barbarie en la privant de l’une de ses nourritures les plus roboratives: l’assurance que, quoique l’on fasse d’atroce, l’impunité sera au rendez-vous.

Le récit, qui se lit par endroits comme un polar, tant il est captivant, montre comment une créature judiciaire boiteuse, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, mise au monde par le pouvoir politique international essentiellement pour servir d’alibi masquant son incapacité à juguler les grandes crises humanitaires qui comportent le déferlement de la violence contre les civils, a fini progressivement, grâce notamment au courage et à la bonne volonté d’une poignée de personnes et malgré mille difficultés, par échapper des mains de son créateur et jouer un rôle majeur, contribuant même puissamment à générer de nouvelles initiatives de bien plus large envergure: telle l’adoption en 1998 du Statut de la Cour pénale internationale.

Luigi Condorelli, Revue générale de droit international public