Il faut lire le livre de Pierre Hazan qui est grand reporter et correspondant auprès des Nations Unies à Genève pour les quotidiens Temps et Libération. Il ne s’agit pas d’un livre de droit pénal international. C’est un plaidoyer lucide pour une justice pénale internationale indépendante. Ecrit pour le grand public, il retrace avec exactitude l’histoire toute fraîche du Tribunal Criminel International pour l’Ex-Yougoslavie. De la création du tribunal due à des raisons essentiellement de politique politicienne à l’inculpation de Slobodan Milosevic, quel chemin parcouru! Le monstre a échappé au dessein de son créateur, le Conseil de Sécurité. Pierre Hazan nous fait vivre en direct les débuts laborieux du Tribunal, la révolte des juges volontairement maintenus dans une misère de moyens inimaginable. Il explique le rôle clé du Procureur, ses pouvoirs mais aussi les limites de celui-ci, voire les barrières imposées par les grandes puissances et sa position difficile au confluent entre les impératifs de la politique diplomatique et le devoir de justice. Il fait aussi largement référence à la Commission d’enquête sur les crimes en Ex-Yougoslavie dont Chérif Bassiouni, le président de l’Association Internationale de Droit Pénal, a été l’animateur courageux et infatigable d’abord comme rapporteur puis comme président. Il décrit le rôle central des travaux de la Commission pour le rassemblement des preuves de ces crimes et la brusque interruption du travail de la Commission par l’administration onusienne pour des motifs qui restent encore troubles.

Mais il y a, en plus quelque chose de très fort dans ce livre. C’est le parallèle constant que Pierre Hazan fait entre l’horreurs insoutenable des massacres, des exécutions sommaires, des tortures et des viols programmés avec la faiblesse des réactions des grandes puissances qui croyaient toujours aux possibilités de traiter avec les bourreaux alors que ceux-ci les ont finalement toujours bernés. Il arrive aussi à la conclusion que seule la justice peut aider à reconstruire des relations inter-communautaires entre Serbes, Croates et Bosniens (appellation officielle des bosniaques musulmans), ces relations ne pouvant être reconstruites sur des fondations reposant sur l’impunité.

Le style fort, dépouillé, la clarté des explications, la mise en évidence des chiffres hallucinants des crimes commis, les témoignages des victimes ou même de quelques criminels donnent une force exceptionnelle à la conviction qu’il nous livre : la justice pénale internationale doit passer coûte que coûte.

Enfin, l’auteur fait indéniablement avancer le débat. Il pose la vraie question de la place de la justice internationale et de son rôle supra étatique comme gardienne des valeurs fondamentales de l’humanité, quelque soit le prix politique à payer. Ce livre est un relais grand public très puissant du combat mené depuis des décennies par l’Association internationale de droit pénal pour l’émergence d’une justice internationale indépendante. Il prépare la voie pour la Cour pénale Internationale. C’était donc bien le moins que la Revue internationale de droit pénal pouvait faire que de consacrer ces quelques lignes à ce livre qui remue nos consciences.

Jean-Paul Laborde, secrétaire général de la Revue internationale de droit pénal, Revue internationale de droit pénal