Pierre Hazan

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“Ce communiqué d’ETA ne marque qu’une étape”

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Article paru dans lemonde.fr, le 20.10.2011, propos recueillis par Sandrine Morel

Pierre Hazan, professeur de justice transitionnelle à l’université de Genève, est l’un des cinq membres du Groupe international de contact créé en mars 2010 sous l’impulsion de l’avocat sud-africain Brian Currin et dont le but est de “faciliter la normalisation politique au Pays basque”.

Quelle est votre première réaction au communiqué de l’ETA annonçant “la fin définitive de l’action armée” ?

Je suis très, très heureux. Ce communiqué, nous l’attendions, nous l’espérions, nous le voulions. C’est la fin de quarante-trois ans de violence, qui a fait près de un millier de mort. Si la lutte armée est finie, comme il l’indique, ce sera un grand soulagement pour l’Espagne et le Pays basque.

Pensez-vous que ce communiqué signifie réellement la fin d’ETA ?

Tout d’abord, il faut rappeler que le dernier acte de violence d’ETA remonte à 2009. Fin avril 2011, j’ai rencontré le patron des patrons basque qui m’a montré une lettre d’ETA. Elle lui signifiait que “l’impôt révolutionnaire”, les extorsions qui servent à alimenter l’économie de la lutte armée, était terminé. Il faut donc inscrire ce qui s’est passé aujourd’hui dans un processus qui a commencé il y a deux ans de manière embryonnaire, s’est accéléré ces derniers mois et compte plusieurs épisodes. Ce communiqué ne marque qu’une étape.

Des membres d'ETA annoncent "la fin définitive de son action armée", jeudi 20 octobre.

Quelles seront les suivantes ?

Le Groupe international de contact a aidé à mettre sur pied un groupe de vérification du cessez-le-feu, qui n’a que quelques semaines. On peut imaginer que l’une de ses prochaines tâches sera la remise des armes dans un processus similiare à celui de l’IRA en Irlande du Nord. Puis il faudra aussi construire une nouvelle conscience dans une société qui a été divisée.

Qu’est-ce qui a conduit ETA à prendre cette décision ? Pourquoi maintenant ?

Je pense que trois facteurs ont été décisifs. Tout d’abord en décembre 2006, l’attentat dans le parking du Terminal 4 de l’aéroport de Madrid-Barajas [qui a rompu les négociations de paix menées entre le gouvernement socialiste de José LuisRodriguez Zapatero et ETA et lors duquel deux personnes ont été tuées, NDLR]. Cet acte criminel et tragique a provoqué une réflexion chez les leaders nationalistes qui a conduit à leur conversion lente et progressive en faveur de la fin de la lutte armée. Ces derniers ont entraîné derrière eux une grande partie des nationalistes et donc de la société basque.

Le deuxième facteur est l’efficacité de la lutte policière contre ETA, la coopération dans ce domaine entre la France et l’Espagne et les arrestations successives qu’elle a permises. Et le troisième, c’est l’engagement de la communauté internationale dans un processus de paix qui a débuté en mars 2010 par un manifeste, la déclaration de Bruxelles, signé par cinq Prix Nobel de la paix et une quinzaine de personnalités morales. Un engagement que notre Groupe international de contact a réaffirmé.

Quel a été votre rôle ?

Nous avons essayé de créer un environnement favorable au processus de fin de la violence. Nous avons rencontré beaucoup d’acteurs et mis sur pied la conférence de paix qui a eu lieu lundi dernier avec le soutien de l’association basque Lokarri. Nous avons noué des contacts avec tous les partis politiques à l’exception du Parti populaire, qui n’a pas souhaité nous rencontrer, et nous le regrettons. Pour mettre fin à la violence, il faut bien que les personnes puissent discuter et que les problèmes soient abordés.

ETA avait-elle besoin d’une mise en scène pour annoncer sa fin ?

Il existe une dimension de rituel dans le monde politique. C’est une réalité. L’injection d’une présence internationale, la nôtre, et de personnes de poids comme Kofi Annan, les ex-premiers ministres irlandais et anglais ou encore l’ancienne première ministre norvégienne, a donné confiance à toutes les parties pour aller de l’avant.

Rédigé par Pierre Hazan

octobre 20, 2011 à 8:05

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Commissions vérité : l’amnistie sans amnésie

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In Oser la paix, l’audace des « réconciliateurs », collection Le Mook Autrement, sept. 2011

Dans les années 1990, les images de tortionnaires confrontés à leurs victimes lors des audiences de la Commission vérité et réconciliation (CVR) en Afrique du Sud ont fait le tour du monde. Elles ont montré un pays qui a choisi la politique du pardon pour purger les crimes du passé et reconstruire une nouvelle identité nationale. Depuis lors, les Commissions vérité se sont multipliées sur tous les continents, déclenchant autant d’espoir que de controverses.

Les sociétés qui s’extraient des années de guerre civile ou de sanglantes dictatures affrontent immanquablement le même redoutable défi : comment reconstruire une société divisée par la violence politique ? Faut-il sanctionner les auteurs des violations des droits de l’homme qui ont détenu le pouvoir, possèdent des capacités de nuisance et risquent de relancer la guerre civile ? Ou, au contraire, doit-on tirer un voile pudique sur ces années de plomb et de sang, en laissant le temps effacer les blessures ? Le fondement des Commissions vérité est de refuser ce choix entre la justice pénale et l’impunité qui peut alimenter l’envie de revanche. D’élaborer une troisième voie qui vise à dissocier l’amnésie et l’amnistie. D’offrir « la vérité » aux victimes et à leurs proches sur les circonstances du crime, tout en leur refusant la condamnation pénale de leurs auteurs.

Cette amnistie sans amnésie est le ressort des Commissions vérité. Cette approche a été virulemment critiquée par les partisans de la justice pénale. Reed Brody, de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, a ainsi écrit que les Commissions vérité s’avèrent souvent être « des plaisanteries cruelles pour les victimes confrontées à leurs tortionnaires impunis ». Le journaliste argentin, Horacio Verbistky, souligne que « tenter d’imposer une réconciliation entre familles de victimes et bourreaux serait une attitude sadique s’agissant des personnes et futile s’agissant des sociétés. La seule base solide d’une refondation, disent-ils, c’est l’acceptation par tous les citoyens de la loi et de ses institutions.

Comprendre la virulence de ce débat nécessite de revenir sur la genèse de ces Commissions. Et d’analyser, en particulier, comment depuis l’exemple sud-africain, elles se sont érigées comme l’affirmation d’une justice supérieure à celle des tribunaux, provoquant en retour des critiques cinglantes.

De l’Amérique latine à l’Afrique du Sud

La première Commission vérité (son titre officiel est Commission nationale sur la disparition des personnes) est créée en Argentine en 1983. La nouvelle et fragile démocratie met sur pied cette commission pour faire la lumière sur l’assassinat de 30 000 opposants durant les années de dictature militaire (1976 – 1983). La voie des procès est alors bouchée : l’armée reste puissante et la junte militaire sortante a proclamé une auto-amnistie. Cette première Commission est un compromis « vendu » comme tel à l’opinion publique : les victimes et leurs proches n’obtiennent pas justice, mais reçoivent des informations précieuses sur les conditions de la disparition des leurs, permettant, lorsque c’est possible, de procéder à des exhumations et de rendre le corps des disparus à leur famille.

La Commission vérité n’offre pas seulement un certain soulagement aux familles des disparus, elle publie aussi un rapport qui officialise l’histoire des crimes de la junte militaire. Best-seller immédiat, cet ouvrage reconnaît au nom de l’Etat argentin la réalité des crimes politiques. Les crimes de la junte font désormais partie de l’histoire nationale. Par ce passage de la connaissance à la reconnaissance des crimes, un nouveau consensus national sur l’histoire récente se forge et affaiblit d’autant les négationnistes et tous ceux qui justifiaient la « sale guerre » au nom de « la lutte contre la subversion ».

Malgré tout, les expériences des Commissions en Argentine, puis au Chili (1989), sont ressenties par la plupart des démocrates comme des solutions insatisfaisantes devant l’impossibilité de châtier les auteurs de crimes. C’est l’Afrique du Sud qui va changer radicalement le regard sur les Commissions vérité.

Le charismatique archevêque et prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, président de la Commission vérité et réconciliation (CVR), va avancer plusieurs raisons pour privilégier l’approche d’une Commission sur d’éventuels procès. D’abord, en martelant l’impérieuse nécessité d’éviter une sanglante guerre civile. Desmond Tutu cite ainsi Martin Luther King qui disait que si blancs et noirs n’apprenaient pas à vivre ensemble, « ils mourraient tous comme des imbéciles ». Le pardon est donc une nécessité autant stratégique qu’éthique afin de construire la nouvelle Afrique du Sud. Car les anciens détenteurs du pouvoir blanc, qui contrôlent encore une partie de l’armée, ont prévenu : ils se battraient plutôt que d’être jugés. La création de la CVR permet de sortir de ce jeu à somme nulle, en conciliant la « vérité » sur les crimes sans compromettre la paix intérieure. La justice ne vise plus à châtier pénalement, mais à restaurer les victimes dans leur dignité et leurs droits.

Cela n’est en soi pas différent des Commissions précédentes. Mais l’intelligence de Desmond Tutu est, non pas de reconnaître la faiblesse de cette Commission, mais de s’appuyer sur son potentiel pour construire le discours de la réconciliation nationale. Comment ? En mettant au point une mécanique de l’aveu à forte puissance théâtrale. Ainsi l’ingénieuse loi d’amnistie qui pose comme condition que les auteurs de violence politique doivent se livrer à des aveux entiers et publics s’ils veulent échapper à la prison. L’efficacité pédagogique des aveux est d’autant plus grande que les médias retransmettent les auditions publiques, où les auteurs des crimes et leurs victimes ou leurs proches se font face. La Commission fonctionne comme une scène du théâtre où le passé de l’apartheid est donc rejoué et jugé symboliquement. Au terme de ce processus public, la reconnaissance des souffrances endurées vise à créer une nouvelle identité sud-africaine post-raciale, « la nation arc-en-ciel ».

Plusieurs études ont analysé l’impact de la Commission sud-africaine. L’un des résultats intéressants souligne que la grande majorité des victimes ont considéré que celle-ci était à la fois injuste, du fait de l’absence de châtiment, mais néanmoins indispensable afin d’éviter un bain de sang. Ce résultat montre la maturité des victimes qui ont estimé que, vu les circonstances, la Commission était la meilleure option possible en termes de réconciliation, même si elle était loin de la justice qu’elles espéraient.

L’une des critiques de fond adressée à la CVR fut celle du politologue ougandais Mahmoud Mamdani qui souligna que le mandat de la Commission divisait – selon lui, faussement – la population entre trois catégories : les auteurs de crimes politiques, leurs victimes directes (ou leurs proches), et l’immense majorité de la population transformée en spectateurs. Or, Mamdani souligne que l’apartheid était un régime d’exploitation, où selon sa race, on était soit un bénéficiaire, soit un exploité. Selon lui, la CVR a cristallisé l’opprobre sur un petit nombre de criminels, et non sur la violence structurelle dont souffrait l’immense majorité de la population (les noirs, les métis et les indiens) et dont bénéficiait la population blanche. Les membres de la CVR en étaient parfaitement conscients, sauf que l’enjeu dans ce moment délicat de la transition n’était pas de recourir à une justice redistributive des richesses, mais de conduire le processus le moins sanglant possible, en forgeant une nouvelle identité post-raciale. Ce qui a largement réussi.

Des commissions partout dans le monde

Plus encore qu’en Afrique du Sud, la CVR sud-africaine eut un extraordinaire écho international. Elle fut interprétée comme un instrument clef dans un processus de réconciliation. Ce succès généra dans d’autres pays la création de nombreuses Commissions, puisque sur la quarantaine de Commissions vérité créées, la moitié le furent ces dix dernières années. Au début 2010, sept commissions étaient en activité, respectivement au Canada, en Equateur, au Kenya, dans l’île Maurice, aux îles Solomon, en Corée du Sud et au Togo.

Cette multiplication des Commissions vérité n’est pas allée sans risque. Instrument par définition extrajudiciaire, flexible selon les circonstances et les rapports de force, les Commissions ont connu le meilleur et le pire, puisque leur mandat, leur méthodologie, leur durée, leur moyen d’investigation, leur ressource et leur mode opératoire, sont radicalement différents les uns des autres. Certaines Commissions ont fait un travail important et d’autres ont été des Commissions vérité, sans beaucoup… de vérité. Sur la quarantaine de Commissions vérité, Priscilla Hayner, dans son livre Unspeakable Truths, en dénombre cinq qui furent efficaces (Afrique du Sud, Guatemala, Maroc, Perou, Timor-Leste). D’autres furent démantelées avant terme (Serbie), incapable de mener leur travail (Congo), ou de fournir un rapport, ou encore, leurs recommandations ne furent jamais suivies d’effet.

Un point précis cristallisa presque toujours les débats : faut-il nommer les auteurs des violations des droits de l’homme ? C’est ce que fit la CVR sud-africaine affirmant la nécessité de l’opprobre public par le naming et le shaming des auteurs de violence politique. Mais la plupart des Commissions et notamment celles d’Argentine, du Maroc et du Guatemala ont estimé que tel n’était pas leur rôle. Ainsi, José Zalaquett, membre de la Commission chilienne, affirma que « nommer des auteurs de violations sans qu’ils puissent se défendre équivaudrait à sanctionner pénalement une personne sans qu’il y ait eu procès équitable ».

Autre point sensible de cette justice restaurative, les réparations : certaines Commissions en offrirent (Argentine, Chili, Maroc). La Commission vérité marocaine (2004-2006) fut même la première à offrir des réparations collectives à des communautés réprimées sous le règne du roi Hassan II. A Haïti comme au Salvador, le rapport de la Commission demanda la création d’un organisme chargé d’évaluer les réparations pour les dommages infligés aux victimes. Mais par manque de volonté politique, ces organismes ne virent jamais le jour, augmentant d’autant la frustration des victimes face à ces instruments de « réconciliation ».

L’un des points qui demeurent débattus à ce jour est l’impact des Commissions vérité sur les victimes. Selon les rares études qui existent – le plus souvent faites en Afrique du Sud – celles-ci tendent à montrer que la majorité des victimes connaissaient une détérioration de leur situation psychologique, au moins provisoire, après leur témoignage. Ces données sont complexes à interpréter : il faudrait comparer leur état avec celui des victimes qui ont témoigné lors de procès ou dont les tortionnaires vivent dans l’impunité la plus absolue. Au demeurant, certains psychologues estiment que ce processus de retraumatisation est une étape qui n’est pas forcément nuisible sur le long terme. Ces différents aspects montrent la complexité d’appréhender les effets sociaux des Commissions vérité.

En définitive, les Commissions qui ont donné de bons résultats ont relevé deux défis, d’abord celui de fournir une vérité factuelle sur des crimes politiques. Cela a permis aux proches des victimes de connaître enfin la vérité sur la disparition des leurs et, ainsi, de pouvoir commencer un travail de deuil. Cette « vérité » est aussi devenue le nouveau récit historique, par lequel l’Etat raconte une partie de son passé à ses citoyens et au monde, alors que souvent, jusque là, il niait l’ampleur de la répression. A cette vérité des faits s’est ajoutée ce que le juriste sud-africain, Albie Sachs, a appelé « la vérité dialogique », le second défi : faire émerger dans l’espace social, une nouvelle lecture sur le passé, née de la confrontation des faits et de la diversité des opinions et des points de vue. En provoquant un débat social sur le bien-fondé de la Commission vérité, en confrontant les avis sur le pardon et le châtiment, cette vérité dialogique permet aux citoyens de prendre conscience qu’ils ne sont pas seulement des sujets de droit, mais qu’ils participent à la démocratisation de leur société. Dans des sociétés où la répression et la violence étaient telles qu’elles incitaient les individus à se replier sur eux-mêmes, la mise en marche de cette dynamique sociale et de cette reconquête des droits de la citoyenneté n’est pas la moindre des réussites.

Pierre Hazan

Rédigé par Pierre Hazan

septembre 30, 2011 à 10:50

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Liban : Mémoires de guerres

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De ligne en ligne, Publication du Centre Pompidou, avril-sept. 2011

Pour aider des pays ravagés par les guerres civiles et les crimes politiques à se reconstruire, les États instituent des  commissions Vérité, des tribunaux internationaux, des lois mémorielles. Mais la vérité judiciaire épuisera-t-elle jamais l’infinie complexité de la violence d’une société qui se déchire ?

À l’heure où le controversé Tribunal spécial pour le Liban va procéder à des inculpations, Pierre Hazan nous montre à quel point les mémoires sont multiples et les vérités plurielles quant aux crimes perpétrés et subis. L’art, plus apte à exprimer l’inconcevable, n’a pas attendu la justice pour lutter contre l’oubli.

Depuis des mois, la classe politique libanaise se déchire. La « vérité » sur l’assassinat d’un ancien Premier Ministre libanais[1] est-elle une arme de paix ou conduit-elle à de nouveaux affrontements ? Mais quelle « vérité » le procureur du Tribunal spécial pour le Liban entend-il dévoiler ? Et derrière cette « vérité » judiciaire qui n’a pas encore été dévoilée au moment où ces lignes sont écrites, combien d’autres « vérités » attendent peut-être d’être encore dites ?

Une chape de plomb n’engendre pas l’oubli

Jusqu’à la création du Tribunal spécial pour le Liban, ce pays s’était toujours reconstruit sur l’amnistie. Les élites politiques avaient la conviction que l’oubli était le meilleur garant de la stabilité et de la paix retrouvées. C’est pour cela que le 26 août 1991, le Parlement libanais adopta la loi d’amnistie générale qui éteignit le risque de poursuites judiciaires après les guerres civiles de 1975-1990, en dépit de 140 000 morts, 17 000 disparus, 180 000 blessés et de centaines de milliers de déplacés et d’exilés. C’est pour cela encore que, jusqu’à aujourd’hui, les autorités libanaises ne veulent pas procéder aux exhumations des fosses communes de crainte d’aviver la soif de revanche et de violence, en dépit des pressions insistantes des familles de disparus. C’est pour cette même raison qu’il n’existe aucun manuel unifié d’histoire contemporaine du Liban, manuel pourtant prévu par les accords de Taëf de 1989 qui mirent fin à la guerre civile.

Mais la chape de plomb sur ces quinze ans de conflits n’a pas enfanté l’oubli. Elle a au contraire suscité une profusion de récits et de mémoires, souvent fragmentaires, parcellaires, volontairement subjectifs. Récits autobiographiques, témoignages d’hommes politiques, de chefs de milice, d’hommes de troupe, œuvres de fiction, bandes dessinées, pièces de théâtre, films, documentaires, analyses académiques… Autant de tentatives de « commémorer », de littéralement « faire mémoire avec » ce passé de la guerre, où dans un jeu d’alliances tournantes, les alliés d’un jour – tant intérieurs qu’extérieurs – devinrent les ennemis du lendemain. Où les massacres succédèrent aux massacres : Damour, Sabra et Chatila, Tal-el-Zatar, et tant d’autres. Difficile de démêler les responsabilités dans cette spirale de la violence, comme le souligne Georges Corm: « Les Libanais sont morts de tant de façon différentes, pour des causes si multiples et sous le coup d’adversaires si divers, de l’extérieur et de l’intérieur… Il a été dangereux de s’émouvoir pour le Liban car derrière chaque mort de Libanais, il était difficile de savoir qui se cachait : un Israélien, un Syrien, un Palestinien, un phalangiste, un Frère musulman, Les Brigades Rouges, La bande à Baader, la mafia, un Libyen… »

Guérir du passé

Confrontés à la fois à la nécessité de briser le pacte du silence officiel et à la multiplicité des conflits regroupés sous l’appellation de « guerre civile », beaucoup d’auteurs de fiction racontent la violence débridée des années de guerre, l’innocence à jamais perdue, puis la difficile reconstruction d’êtres à l’âme blessée. Rawi Hage dans De Niro’s Game brosse le récit haletant d’une odyssée chaotique de deux jeunes hommes plongés au cœur de la guerre civile à Beyrouth dans les années 1980. Wadji Mouawad, dans sa pièce de théâtre Incendies, prévient qu’il n’existe nul abri face à la contamination de la violence : « Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, nous inonde et nous noie. »

Presque toutes ces œuvres fonctionnent sur le ressort du secret et de l’ambivalence qui lui est souvent liée. Vouloir savoir : pour se libérer du tabou du silence et pour que les morts puissent reposer en paix. Ne pas vouloir savoir : par peur de ce que l’on pourrait peut-être bien découvrir et que l’on pourra plus jamais ignorer. À en devenir insomniaque. Ou au contraire, à s’abîmer dans la somnolence. Dans les deux cas, rivés au passé. Dans le film A Perfect Day (2005) de Joana Hadithomas et de Khalil Joreige, le héros, Malek vit à Beyrouth avec sa mère Claudia. Il est victime d’apnée du sommeil et de somnolence. Dans la même journée, Malek va convaincre sa mère de déclarer la mort de son père, disparu quinze ans plus tôt, tenter de reconquérir sa petite amie Zeina, et essayer de comprendre sa maladie. Dans Valse avec Bachir (2008), un Israélien, trente ans après, essaie d’exorciser les rêves qui l’empêchent de dormir depuis l’invasion du Liban par Israël jusqu’à l’assassinat de Bachir Gemayel et aux massacres de Sabra et Chatila. L’apnée de sommeil de Malek et les insomnies de l’ex-soldat israélien se rejoignent. Comment vivre après ? Comment s’extraire du brouillard de la somnolence et trouver le sommeil apaisé ? Wajdi Mouawad fait dire à l’un de ses personnages au bout de sa quête : « À présent, il faut reconstruire l’histoire, l’histoire est en miettes, doucement, consoler chaque morceau, doucement guérir chaque souvenir, doucement, bercer chaque image. »

Mais l’État ne pourra pas toujours se dissimuler derrière le génie de ses cinéastes, de ses dramaturges, de ses romanciers et d’autres encore, pour se raconter. L’helléniste Pierre Vidal-Naquet faisait remarquer que « les peuples qui n’ont pas de mythe ont froid ». Comment ce pays morcelé, fracturé en plusieurs projets de société, riche de ses dix-huit communautés et d’un passé fait autant de sang versé que de convivialité, se forgera-t-il un mythe ? Sa réponse déterminera l’avenir du Liban.

Pierre Hazan

spécialiste des relations internationales, auteur et journaliste
auteur notamment de Juger la guerre, juger l’histoire, PUF, 2007.


[1] Rafic Hariri, assassiné à Beyrouth le 14 février 2005.

Rédigé par Pierre Hazan

avril 30, 2011 à 10:40

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Guadeloupe : le chemin vers la construction d’une société post-raciale

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Protestinfo, février 2011-02-17

En 2009, la Guadeloupe a connu 44 jours de grève. Dans cette ancienne colonie devenue département français d’outre-mer, le climat social et racial reste lourd. Chômage de masse des jeunes, inégalités et frustrations de la population s’additionnent au ressentiment né du passé esclavagiste de l’île. Tout cela crée un terreau favorable à de futures violences. En Martinique voisine, un leader syndicaliste a appelé les « békés » – descendants des propriétaires d’esclaves et souvent patrons -, « profiteurs et voleurs » à quitter l’île.

Devant la montée des tensions en Guadeloupe, l’association Agape, sous la conduite du pasteur Girondin a organisé à la fin janvier 2011 dix jours de manifestations intellectuelles, culturelles et artistiques autour du thème de « la justice, la paix et la réconciliation ; une contribution protestante à une concorde sociale». Avec une conviction que martela en son temps Martin Luther King : « Si nous n’apprenons pas vivre ensemble, nous mourrons tous comme des imbéciles ».

Durant ces jours, il y eut des rencontres publiques, une pièce de théâtre, un concert et une manifestation en faveur de « la réconciliation » dans les rues de Port-au-Prince. Ce furent des journées riches d’échanges, d’émotions et de paroles, mais aussi lourdes des défis sociaux que doit relever l’île antillaise. Le pasteur Girondin avait invité à ces manifestations des spécialistes de Martin Luther King et de son combat non-violent, dont le pasteur lausannois Serge Molla, Frédéric de Coninck, Neil Blaugh et Curtiss Paul Deyoung. Pour ma part, devant la force des interventions dans le public, j’ai abandonné l’intervention prévue et décidé de réagir à ce que j’entendais. En voici le texte :

J’ai été très touché par ce que j’ai entendu depuis que je suis arrivé en Guadeloupe. A tel point que j’ai renoncé à prononcer le texte que j’avais prévu pour aborder les questions soulevées dans le public. Comment fait-on pour passer d’une société qui fut esclavagiste à une société post-raciale ? Comment fait-on lorsque les injustices d’hier conditionnent les inégalités présentes ? J’ai entendu ces jours les frustrations actuelles et le besoin de reconnaissance face aux crimes de jadis. Cela me rappela les propos de Kofi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU, lors de la conférence contre le racisme qui se tint dans la ville sud-africaine de Durban en 2001, lorsqu’il évoqua l’héritage de l’esclavage : « Par l’intermédiaire de leurs descendants, les morts réclament que justice soit faite, la douleur et la colère sont encore là ! »

En 1948, dans la préface qu’il écrivit au texte de Victor Scholcher « Esclavage et colonisation », Aimé Césaire notait que « l’occident est coupable non seulement du passé, mais de son regard sur le passé ». Il est vrai que les gouvernements occidentaux n’ont jusqu’à ce jour pas pris la pleine mesure de ce que fut la traite des esclaves. Et lorsqu’ils la reconnaissent, c’est aussitôt pour ajouter que les responsabilités furent partagées entre les chefs africains qui capturèrent et vendirent les esclaves, les marchands arabes qui participèrent à ce commerce et les puissances occidentales. L’argument n’est pas infondé, même si ce tragique trafic d’êtres humains suivi de l’exploitation de ces millions de malheureux et de leurs descendants bénéficièrent bien davantage aux sociétés occidentales qu’à certains chefs africains.

Mais revenons à Kofi Annan. Il constata, lors de son intervention de Durban, la difficulté à identifier les responsabilités si longtemps après l’abolition de l’esclavage: « Le passage des générations a brouillé les responsabilités dans l’exploitation et dans l’extermination des peuples autochtones par des puissances coloniales et dans l’utilisation de millions d’êtres humains comme marchandises ». Puis, Kofi Annan lança un double appel. Aux Africains il  demanda de « ne pas rechercher nécessairement dans les crimes passés, l’origine des inégalités présentes ». Mais aussitôt, il rappela aux ex-puissances esclavagistes que « le mal-développement résulte en grande partie d’injustices terribles commises dans le passé et que l’homme ne vit pas que du pain ». Ce que le Secrétaire général de l’ONU cherchait à faire, c’était de demander aux anciennes puissances colonisatrices d’assumer les pages sombres de leur histoire et d’offrir de leur plein gré une reconnaissance qui soit aussi matérielle. La conférence de Durban échoua, mais elle mis le doigt sur le choc des mémoires.

  • Que faire en effet pour s’extraire de cette situation, lorsque la lecture du passé oppose les sociétés qui portent en elle la douleur de l’esclavage et d’autres qui en profitèrent et affichent aujourd’hui leur exaspération devant toute idée de « repentance » ?
  • Que faire lorsque le président Sarkozy à l’occasion du discours de Dakar affirma que « l’homme noir n’est pas encore entré dans l’histoire », alors que la présence de millions de descendants d’esclaves dans les Antilles et dans les Amériques témoignent du fait que « l’homme noir » fut précipité dans l’histoire européenne et américaine de la pire manière ?
  • Que faire encore lorsque ses ancêtres ont fait l’expérience de la trahison des chefs africains et que l’on est soi-même le produit du sang mêlé des esclaves et du maître ?

L’archevêque sud-africain, Desmond Tutu souligna il n’y a pas si longtemps que « nous possédons des instruments traditionnels ou nouveaux, des instruments juridiques ou extra-juridiques, pour faire émerger la vérité et avancer vers la voie de la justice et de la réconciliation. Mais ici, en Guadeloupe, quel instrument est-il le mieux adapté à ce but ? Car chaque société est différente et doit élaborer ses propres méthodes. La réponse de l’Afrique du Sud ne fut ni celle de l’ex-Yougoslavie, et pas davantage celle de l’Argentine, du Liban ou de la Sierra Leone. C’est à vous, Guadeloupéens, de décider ce qui est la solution la mieux adaptée à votre situation.

Pour ma part, poser la question de la construction d’une société post-raciale revient déjà à faire le premier pas. C’est montrer qu’il existe une attente et que cette attente doit être satisfaite pour pacifier la société. C’est faire surgir une parole qui ne pourra plus être niée. C’est, autrement dit, lancer une dynamique sociale dont les effets sont encore imprévisibles, mais porteurs d’espoir.

Ne croyons pas pour autant que chacun doit avoir le même avis. Dans nul endroit du globe, les victimes, ou leurs descendants, ne sont un groupe monolithique et cela est bien ainsi. Laissez-moi vous donner un exemple qui ne s’applique pas à la Guadeloupe, mais qui montre que les victimes peuvent avoir des positions diamétralement opposées, bien que légitimes. Dans les années cinquante, la question qui divisa le plus profondément la société israélienne fut la question des réparations avec l’Allemagne fédérale. Une partie des rescapés des camps rejetèrent toute idée de réparation, jugeant qu’il y avait eu de « l’irréparable », de « l’impardonnable » et que l’on ne devait pas accepter « l’argent du sang ». D’autres, au contraire, estimèrent que pour alléger les difficultés du quotidien, il n’y avait nulle honte à recevoir quelque argent d’un gouvernement qui succéda au llle Reich.

Le virulent débat que connut Israël sur les réparations, comme celui qui eut lieu en Afrique du Sud sur les mérites ou les défauts de la Commission Vérité et Réconciliation, eurent une indéniable qualité : celle de faire dialoguer une société. De faire émerger des voix qui s’exprimaient non seulement sur le passé, mais à travers l’évocation du passé, discutaient des valeurs et des normes présentes. Cette vérité dialogique est capitale, car elle est le signe d’une société qui prend son destin en main, où les choix sont désormais librement discutés, mis en cause et négociés. C’est une société qui avance, permettant de dépasser des identités closes accoucheuses de violence et de rejet de l’autre.

Je fais confiance aux Guadeloupéens de trouver le bon forum, la bonne voie pour élaborer une mémoire inclusive et que celle-ci soit reconnue à sa juste place. Car le passé peut être un fardeau qui écrase. Il peut être aussi un socle qui aide à grandir. Une chose est cependant sûre : lorsqu’il s’agit d’événements traumatiques, le passé ne passe jamais. La question est dès lors, comment faire pour mieux vivre avec lui, que cela soit avec les autres ou avec soi-même.

Pierre Hazan

Pierre Hazan est maître de conférences à SciencesPo Paris. Il est l’auteur notamment de Juger la guerre, juger l’histoire, du bon usage des commissions vérité et de la justice internationale, PUF, 2007, et de La paix contre la justice ?, AVE/GRIP, 2010.

Rédigé par Pierre Hazan

février 17, 2011 à 10:45

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Reconciliation

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 In Vincent Chetail, Post-Conflict Building: a Lexicon, Oxford University Press, 2009

Definition

Reconciliation is a process through which societies go from a divided past to a shared future. This process consists in former enemies finding a way to live next to one another without necessarily liking or forgiving each other and without forgetting the past in any way. Reconciliation thus aims at peaceful coexistence with one’s former enemies by developing the necessary degree of cooperation with them.

 I.      Concept

History and Context: the Emergence, Origins and Evolution of the Terms.

In French, the term réconciliation (reconciliation) first appeared around 1350 before being borrowed by English. According the French dictionary Petit Robert, réconciliation is used to refer to the action by which friendship is restored (between persons who have fallen out) (Petit Robert, 2006). The New World Dictionary’s definition of reconciliation is (1) to restore to friendship, (2) to settle a feud, (3) to restore to harmony. However, the definition of reconciliation has gradually moved from the field of individual relationships and has increasingly applied to a much larger scale, i.e. peoples or communities in the context of peacebuilding or in the aftermath of an internal or international conflict.

Traditionally, in order to bring back civil peace, reconciliation between enemy citizens has implied the adoption of amnesty measures – a word derived from the Greek amnistia, i.e. oblivion. In the Athenian Constitution, Aristotle was the first to talk about a model of amnesty to achieve reconciliation when he mentions a decree promulgated after the victory of democracy over the oligarchy of the Thirty in 403 B.C. The decree banned anyone from recalling the evils of the past; anyone who did so would be cursed. Oblivion is thus seen to be vital for the refounding of the city after the ordeal of division. Paul Ricoeur underscored the fact amnesia and amnesty are more than just phonetically or semantically similar. According to him, such similarities highlight the existence of a secret covenant with the denial of memory (Ricoeur, 2000). Amnesty, i.e. oblivion by both memory and the judiciary, seems necessary to unite the restored city or nation. Many contemporary authors have underlined the paradoxes of amnesty, which aims at removing punishment from crimes whose scope have particularly offended the national or international community (see international crimes). On the contrary, such crimes deserve an exemplary sentence, even though mass crimes are crimes that can neither be punished, nor forgiven, as Hannah Arendt had underlined, thus breaking with the notion of proportionality between the sentence and the gravity of the crime committed.

Nowadays, the term “reconciliation” is used in the context of modern politics to refer to various situations:

National Reconciliation

Firstly, national reconciliation occurs after part of the population has collaborated with the defeated occupant. This was the case in France after World War II, when, after a short period of violent cleansing, amnesty laws marked full reintegration into the bosom of the nation of those who had sided with the enemy.

Secondly, national reconciliation is called for after the end of a bloody dictatorship (e.g. Chile, Argentina) or a racist regime (South Africa). Thus, in order to restore national unity, the authorities of Uruguay adopted an amnesty law in 1986 which covered acts of repression by the military and police forces during the dictatorship (1973-1975). On April 16th 1989, a majority of voters (60%) rejected the referendum meant to challenge the amnesty law. They justified this oblivion of the past in order not to endanger Uruguay’s fragile democraticinstitutions (see democratic governance; rule of law).

Interstate Reconciliation

In this context, reconciliation means bringing together and normalizing the relations between countries that have been at war. In July 1962, French President Charles de Gaulle and the German Chancellor Konrad Adenauer thus met in the city of Rheims to seal officially the “reconciliation” between their two countries, and hence signal that friendly relations had been restored between these two states.

Reconciliation in the Post-Cold War Period

After the Cold War, the term “reconciliation” started to take on even more importance in the political lexis. The brief revival of the United Nations and the emergence of a new discourse on human rights and political liberalism contributed to the emergence of a more ethical strand of international relations which superseded the pessimistic realpolitik approach which had, up till then, prevailed (see responsibility to protect). This shift in perspective gave reconciliation a predominant role. Up till then, reconciliation had been considered as a mere proactive attitude on the part of governments. It then started to be interpreted by the United Nations and human rights NGOs not only as a top-down process, but, more importantly, as a bottom-up process initiated by civil society. This change in approaches has also reflected the emergence of new types of internal conflicts – in the former Yugoslavia, Rwanda, Burundi, Sierra Leone, Chechnya, etc. – which have been characterized by mass crimes and ethnic cleansing policies (see international crimes; transitional justice; reparations).

At the beginning of the 1990s, new judicial and extra-judicial institutions were set up in order to undertake national or regional reconciliation:

  • The International Criminal Tribunals for the former Yugoslavia (1993) and Rwanda (1994), the International Criminal Court (whose statutes were drafted in 1998) and internationalized courts in Sierra Leone, Bosnia-Herzegovina, East Timor, Cambodia and Lebanon (underway).
  • Truth and Reconciliation Commissions which aim to ensure seamless transition towards democracy in countries that have experienced bloody repression or internal strife.

These two types of judicial institutions – the former being a criminal institution, while the latter is restorative – are similar not only in terms of their purpose (i.e. reconciliation) but also the methodology they apply. What is considered indispensable for reconciliation is no longer silence (thanks to amnesty laws), but rather articulating the truth about the crimes committed (see international crimes; transitional justice). In the post-Cold War period, amnesty and amnesia were gradually set apart. Theoretically, this trend has marked a reversal in the way the past is dealt with, even if, in practice, there are still many exceptions. For instance, in its Resolution 955, the UN Security Council explicitly gave the ICTR the goal to contribute to “reconciliation” after the genocide of the Tutsis. In 1995, South Africa set up its “Truth and Reconciliation Commission”. By adding the word “Reconciliation” to the name of the “Truth Commission” that had been established in Argentina and Chile, the new South African authorities wished to express their will to unite the nation and create the necessary conditions for social peace and internal peacebuilding (see state (re-)building; capacity-building; transitional justice; reparations).

Reconciliation is now considered an essential feature in post-conflict peacebuilding. In theory, reconciliation goes hand in hand with other elements, such as the return to democracy, establishment of the rule of law, free and fair elections, disarmament, demobilization and reintegration (DDR) of combatants, recognition of victims and protection of human rights (see responsibility to protect). Because the UN General Assembly was convinced of the need to promote such an integrated approach to peace processes, in its resolution A/RES/61/17 of November 20th 2006, it declared 2009 as the international year of reconciliation.

Didactic Presentation of the Different Possible Meanings

It is difficult to define reconciliation because it refers both to the end and the means to attain that end. In fact, there is no agreement about its definition, the social changes it entails, or the conditions necessary for reconciliation to be achieved.

In addition to the vagueness of the concept, reconciliation carries moral and even religious connotations which, for some, imply purification or even restoring the bond between the individual and God. Some authors argue that the symbolic content of the term is such that it should be avoided. Thus, Eric Stover and Harvey Weinstein have suggested replacing it by the more neutral term “social reconstruction” (Stover and Weinstein (eds.), 2004: 13-18).

Definitions Used by the Different Actors

Many organizations and researchers have tried giving an operational definition of the concept of reconciliation. However, whatever the definition adopted, using the term “reconciliation” remains problematic.

First of all, the scope of the term is so broad that it leaves room for a wide range of interpretations with regard to its links to other key concepts of peacebuilding, such as transitional justice, democratic governance and the rule of law.

Secondly, reconciliation cannot be measured: there exists no metric to assess the degree to which a society is reconciled.

Thirdly, the concept has sometimes been entirely misappropriated. The term “reconciliation” has such an aura that it is sometimes used by some regimes to justify impunity (such as the amnesties General Pinochet provided for himself in Chile) or to pressure victims into dropping their legal claims (see reparations).

Yet, despite or because of these ambiguities, the term “reconciliation” has become one of the key notions  in the vocabulary of transitional justice, as used by the United Nations and many NGOs.

The definitions developed or used by the actors are the following:

The reference handbook Reconciliation after a Violent Conflict (International Institute for Democracy and International Assistance, 2004) essentially defines reconciliation as the process by which former enemies manage to coexist peacefully. This definition stresses the dynamic transformation of a society where enemy groups go from conflict to mutual recognition, as well as recognition of the new institutions. IDEA lays the emphasis on coexistence, which does not entail forgiveness (see conflict transformation).

Contrary to this first trend, Archbishop Desmond Tutu, Chair of the South African Truth and Reconciliation Commission, insists on the need for forgiveness which he clearly illustrates with the title to his book: No Future without Forgiveness (2000). There are several different ways to forgive, e.g. moral forgiveness, which is similar to a unilateral gift, and strategic forgiveness, which result from a cold-blooded analysis of the balance of power.

The International Center for Transitional Justice (ICTJ) gives a negative definition of reconciliation to avoid abuses in the way the term is used:

  • Real reconciliation should not be used as a substitute for justice.
  • There cannot be significant inequities in the reconciliation burden required from all social actors. Responsibilities may not be transferred from perpetrators to victims.
  • Reconciliation efforts do not focus on wiping the slate clean. It would not be reasonable to try to attain an ideal social harmony.
  • Reconciliation cannot boil down to a state of mind. A radical transformation of former enemies should not be expected.
  • Reconciliation should be articulated in a way that it is not only the expression of a specific set of religious beliefs.

It follows that reconciliation is linked to the notion of “civic trust” which includes:

  • Political reconciliation, i.e. “vertical” confidence between citizens and their institutions. This requires setting up or restoring credible institutions which have to be recognized by the population (see democratic governance; rule of law).
  • Social reconciliation, i.e. the establishment of “horizontal” confidence by which citizens trust each other. This means that all citizens wish to share common standards and values for their institutions, that they have sufficient trust in the leaders of such institutions, that they have sufficient trust in their fellow-countrymen’s ability to abide by the same set of fundamental values and standards (http://www.ictj.org/en/tj/784.html)

The aim of social reconciliation is to change beliefs, values and attitudes among a given population. It seeks to redefine the relationship between former enemy groups, and, at the bottom line, rehumanize members of the former enemy group. This is what Weinstein and Stover argue. They underline that identity and memory are social constructs of realities which may be worked on and modified. From their point of view, the stakes of reconciliation policies consists in devising social, political and memorial strategies which modify individual and collective identities and, subsequently, the identity of oneself and of others. This, in turn, makes it possible to move from a rationale based on exclusion and violence to one of integration and recognition (see reparations). Such a process, by which a new national identity is gradually elaborated, participates in peacebuilding. Reconciliation must be redefined according to the specificities of each society.

Without fundamentally challenging the idea that reconciliation is both a social and political process, some authors have nonetheless underlined specific issues:

Audrey Chapman has highlighted the way public authorities may intervene to improve ethnic, racial, economic and political relations (Van der Merwe, Baxter and Chapman, 2007). From this vantage point, reconciliation means restoring civic peace but without implying that society or the victims have “healed” or that they have established a cordial relationship with the perpetrators. Mark R. Amstutz adopts a similar pragmatic approach in stating that reconciliation is never guaranteed, including in situations when justice in fact administered (Amstutz, 2005) (see transitional justice).

To James Gibson, who has studied the South African context, reconciliation is defined by the four following traits: interracial tolerance, political tolerance, legitimacy of the new political institutions and protection of human rights (Gibson, 2004).

II.     Concept

Reconciliation is a multidimensional concept. It involves a whole range of actors, at both the local and national level (political authorities, political parties, victims’ associations, NGOs – non-state actors – churches, the army, the police, justice, etc.) sometimes with the support of international actors (the UN, regional organizations, international NGOs). It also entails an integrated approach to peacebuilding which often includes free and fair elections, as well as reform of political institutions, the judiciary, security forces, the educational system and the economic sector (see security sector reform; capacity-building; human security).

Reconciliation, understood today in the sense of transitional justice, includes two main principles. This first principle involves seeking the truth about the crimes committed. It translates into many different actions: drafting and circulating fact sheets about past abuses; exhuming victims from mass graves and organizing dignified burials; recognizing the suffering endured by the victims; opening up the archives.

The second principle also implies that justice be rendered by stigmatizing the perpetrators, either through the administration of criminal or restorative justice, or a combination of both (see international crimes; reparations).

This second point raises the thorny issue of sanctions: which of criminal sanctions or symbolic sanctions are better able to achieve reconciliation in a society? The nearly simultaneous establishment of the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia and the South African Truth and Reconciliation Commission gave rise to a heated debate between 1995 and 2000. In fact, those who supported the TRC and those in favor of the international criminal courts were able to experience both the limits and the complementarity of the models they were advocating.

Put in economic terms, there is an excess supply of people who have committed crimes against humanity that national or international justice systems do not have the means to process. The ICTY and ICTR are the perfect illustration of this: they have only tried a few dozen people, whereas thousands, and, in the case of Rwanda, tens of thousands of people committed abuse. Similarly, it is unacceptable to see the impunity enjoyed by people responsible for the deaths of tens or hundreds of thousands of men, women and children. The promoters of Truth Commissions do acknowledge this (see reparations). In fact, the principle of complementarity between the Commissions and criminal procedures has been established in order to achieve the ultimate goal of reconciliation.

III.     Implementation

Challenges, Operational Aspects and Positive or Negative Experiences

The challenges associated with the reconciliation process are many and varied. First of all, the populations must be convinced that political elites are actually determined to put democratization in motion and to put an end to repression and/or civil war. This first issue presupposes new elites that are strong enough, from both a political and a military point of view, to succeed in restoring the rule of law and freedoms. The populations must also be convinced that reconciliation instruments, Truth Commissions and/or criminal courts are serious and unbiased. The reconciliation process can only attain its goals if these two conditions are met beforehand.

The main obstacles are the following:

  • At the end of an internal conflict, many countries often have a hard time carrying reconciliation through because the authorities are confronted simultaneously with a whole range of problems without having the necessary resources at their disposal to solve them. The Report of the UN Secretary-General on transitional justice (UNSG, 2004) highlights the accumulation of such difficulties: these countries must simultaneously administer justice, undertake political and institutional reform, rebuild public services, guarantee the existence of an independent ministry of justice, etc. (see state (re-)building; democratic governance; rule of law; capacity-building). Despite the short supply of financial resources and qualified staff, their populations are divided and partly traumatized and their fundamental human rights have often been violated over a long period of time. Despite the fact that such an integrated approach is difficult to apply, it is the best way of guaranteeing successful reconciliation.
  • Because of an unfavorable balance of power, governments may opt for a policy of impunity. By means of illustration, on March 12th 2007, the government of Afghanistan proclaimed an amnesty law for those commonly referred to as “warlords”, many of whom, in all probability, are guilty of war crimes and crimes against humanity (see non-state actors; international crimes; reparations). Such a law is due to the determination to fight against the Taliban and the weakness of the central government in Kabul. Yet the Afghan independent commission for human rights conducted a study which involved thousands of Afghans and showed that the population wanted justice to be done in a country which, over the past decades, experienced several conflicts with a total death toll of above one million, countless massacres and millions of refugees (see return and reintegration). The Commission highlights the fact that, instead of reinforcing the government, such a law undermines its action as well as the reconciliation process and may thus end up jeopardizing the country’s future.
  • In other countries, the authorities have launched reconciliation processes which have not had the expected results for lack of political will on the part of governments. In Serbia, the Truth and Reconciliation Commission set up in 2002 by President Kostunica was dismantled before the end of its mandate. In Haiti, the report drafted by the Truth Commission was hardly circulated at first. When it finally was, it was mainly handed out to foreign diplomats. These two examples underscore the need to apply an integrated approach to reconciliation. The instruments that are set up – especially Truth Commissions and/or criminal courts – only have an impact to the extent that they are part of a more global process aiming at political changes and if the populations takes over the process (see local ownership).
  • Striking a balance between the search for peace and the search for justice is one of the most acute challenges which faces reconciliation. Some argue that peace without justice is an illusion; that it can only fuel the conflict instead of giving way to reconciliation. This is, for instance, the opinion voiced by David Crane, Prosecutor for the Special Court for Sierra Leone, who made Charles Taylor’s indictment public on the exact day the former Liberian president finally set off for peace negotiations. Later on, Mr. Crane did not hide his ulterior motive: he wanted to torpedo the peace process because he did not believe a man allegedly responsible for hundreds of thousands of deaths would be a credible partner to restore peace and, more importantly, lead to reconciliation. On the contrary, others think that the search for justice delays peace and thus leads to new abuses, which, in turn, undermine the peace process and hence reconciliation. The point here is not to settle the issue once and for all, but to pinpoint the fact that, recently, there have been attempts to go beyond this dichotomy by spreading the achievement of peace and justice over a longer period of time.

The Lessons Drawn from Past Experiences

With hindsight, what is the track record of Truth Commissions and ad hoc courts in terms of reconciliation? The issue is a complex one. Indeed, we have shown that reconciliation is a notion that is hard to grasp and even harder to assess. In addition, justice mechanisms can only be effective if they are part of an integrated approach. Time is a crucial factor: reconciliation, and more specifically social reconciliation, is a slow process.

Let us first consider the two UN courts. They are symptomatic of an exit strategy and, as such, belong to the past: they are too expensive (approx. USD 100 million per annum per court), too slow (since 1994, the ICTR has tried about twenty people and has cost hundreds of millions of dollars) and they have not managed in the shorter term to convince all the populations whom they were aimed at. For example, a majority of Serbs are hostile to the ICTY and a majority of Rwandans have access to very limited information about the ICTR (Stover and Weinstein). This is due not only to the political obstacles which these courts have had to overcome, but also to the weak communication policy they implemented and the setbacks the Prosecutors have had to stomach with regard to their strategies. To this day, the ICTR Prosecutor, for instance, has been unable to indict FPR members who are suspected of war crimes, despite the fact that this was a recommendation of UN Security Council Resolution 955. Nonetheless, in the middle and long term, the track records of these institutions, especially the ICTY, will probably invite less criticism and will prevent denial of the crimes committed by the different parties involved (see international crimes; transitional justice; reparations)

Similarly to the UN ad hoc courts, Truth Commissions have also had mixed results. On the one hand, the report framed by the Commission in Argentina has had a profound social impact and the public hearings conducted by the TRC in South Africa have resounded both at the national and international level. On the other hand, other countries have had mixed results (e.g. Serbia, Uganda, Haiti). In societies where criminal courts and Truth Commissions have worked fairly well, these instruments were able to trigger off social and institutional changes: they opened new forums for dialogue within society, broken with impunity, supported change and democratic reform and contributed to creating institutional guarantees and a human rights culture meant to prevent that such crimes be repeated (see democratic governance; capacity-building). In such cases, they have constituted the backbone of reconciliation.

The idea that victims and society may heal by articulating the truth (the slogan of the South African Truth and Reconciliation Commission was “revealing is healing”) rests on a questionable presumption which no scientific proof has come to back up. Limited studies have evinced various attitudes and reactions amongst victims who had testified. Some were extremely glad to have had the opportunity to testify publicly, but others often regretted having testified because they had had to remember painful and even traumatic experiences. In addition, the use of pseudo-medical and psychoanalytic terminology is problematic when it is applied at a collective scale: can “coming to terms” with the past help “heal” a nation by “exorcizing” its past? However, there is no supporting data proving that policies of impunity have helped the victims in any way or contributed to reinforcing national cohesion (see reparations).

It is nonetheless difficult to step back and appraise, even temporarily, reconciliation processes. Civil peacebuilding is a process that takes place over a long period of time, sometimes over several generations. The example of the inter-Allied military tribunal in Nuremberg comes as a good illustration: it was only in the 1960s and 1970s that West Germans stopped considering the Nuremberg trials as the manifestation of a justice of the victors, but rather as a mechanism whereby Nazi crimes and the sanctions that punished them were integrated into the German nation’s collective memory (see international crimes; transitional justice). Without the necessary historical distance, it is therefore difficult to appraise the impact of public reconciliation policies.

Recommendations

Since public reconciliation policies are fairly recent and are, each and every time, the object of intense political haggling, they lack conceptual precision. In addition, it is difficult to issue specific recommendations because of the sheer scope they encompass and the very different contexts in which they are implemented. However, past experiences make it possible to formulate some general principles.

Need to Set Up Control Mechanisms

At the national level, the first challenge is to ensure that a given society gets a sense of ownership (see local ownership), that it can identify with such reconciliation processes which imply determining responsibilities for the crimes committed. Unfortunately, there often is no such local ownership. As observers, NGOs and the international community have a crucial role to fulfill in assessing the validity of the reconciliation policies implemented. It is essential for them to denounce clearly transitional justice mechanisms that are dysfunctional or merely serve as an excuse for a lack of action.

Need to Set Up Follow-Up Mechanisms

In their reports, Truth Commissions almost always include suggestions as to political and institutional reform. More often than not, state authorities do not follow up. Once again, NGOs and the UN could play a role by following up on these reform proposals.

Protecting Existing Standards

A further major challenge has to do with the erosion of legal standards and international humanitarian law ever since September 11th 2001. Such an erosion has been justified by the so called “war on terror” and international security. However, it jeopardizes the entire reconciliation process. As was previously pointed out, Afghanistan is the perfect example of a country where neither the national authorities, nor the UN, nor even the United States (despite the presence of all these actors) have opened a single inquiry against the perpetrators of war crimes and crimes against humanity (see international crimes; reparations). In January 2005, the United Nations even shelved a report it had commissioned which accused Afghan parliamentarians of being responsible for massacres and torture (Declan Walsh, 2006). When, for tactical reasons, major international players tolerate and even encourage impunity, reconciliation processes end up being weakened and – what is worse – endangered.

Selective Bibliography

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Rédigé par Pierre Hazan

novembre 30, 2009 à 11:08

Publié dans Reviews

ENDORSEMENTS La justice face à la guerre : De Nuremberg à La Haye

Roy Gutman, Winner of the Pulitzer Prize

Blunt and unsparing yet fair and factual, this book sheds a revealing light on the development of The Hague Tribunal, a new institution that is as vital to international life as it is unknown.  Pierre Hazan tracks the transformation of the Tribunal and its prosecution of war crimes from humanitarian intervention. For western leaders originally intended the Tribunal to be the alibi for their inaction, and instead it defined the standards and limits for tolerable behavior in conflict, thus the terms under which the United States and its allies had to use force. Lire la suite »

Rédigé par Pierre Hazan

décembre 26, 2008 à 11:05

Libération, Juger les hommes, juger l’histoire

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Florence Hartmann, Paix et Châtiment, Flammarion
Pierre Hazan, Juger la guerre, juger l’histoire, PUF
«Il ne peut y avoir de paix durable sans justice», rappelle volontiers le grand juriste italien Antonio Cassese, qui fut le premier président du Tribunal pénal international de La Haye, créé en 1993 par le Conseil de sécurité de l’ONU pour juger les crimes les plus graves, commis dans les conflits qui ont ravagé l’ex- Yougoslavie. Un tribunal similaire fut instauré un an plus tard pour juger les responsables du génocide au Rwanda. C’était la première fois, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, que la justice pénale internationale devenait réalité. Le bilan est néanmoins mitigé. Lire la suite »

Rédigé par Pierre Hazan

décembre 26, 2008 à 9:50

Publié dans Juger la guerre, juger l'histoire

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Alternatives Internationales, La réconciliation, en vérité…

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Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les sociétés ont jugé que le silence et l’oubli étaient la suite normale des conflits. En 1945, le tribunal de Nuremberg a rompu cette tradition et ouvert une nouvelle ère, celle de la “justice transitionnelle” selon la formulation proposée par la juriste américaine Ruti Teitel en 1990 pour désigner les diverses formes de jugement et de recherche de la vérité adoptées par des sociétés face à leur passé criminel.
La réponse apportée dans les années 1980, notamment au Chili et en Argentine, fut les “commissions vérité”, dont le souvenir a été effacé par la fameuse commission Vérité et réconciliation de l’Afrique du Sud  postapartheid.

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Rédigé par Pierre Hazan

mars 10, 2008 à 11:00

Le Monde Diplomatique, Juger la guerre, juger l’histoire

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Novembre 2007,

Une révolution culturelle et politique est en cours aux Nations unies et dans les milieux judiciaires, celle de la « justice transitionnelle ». De quoi s’agit-il ? Pour sortir des guerres civiles et des conflits, pour garantir un avenir viable à des sociétés déchirées, la justice ordinaire, celle de la normativité verticale, ne suffit plus. D’autres mécanismes se mettent lentement en place. Ils doivent garantir l’établissement de la vérité, la réparation des souffrances endurées, l’éloignement des criminels, l’obtention du pardon, la fin de l’impunité. Lire la suite »

Rédigé par Pierre Hazan

décembre 26, 2007 à 10:57

NOUVEL OBSERVATEUR, Comment juger les barbares?

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20 Décembre 2007

PAR PASCAL BRUCKNER

Faut-il punir ou parier sur le pardon et la rédemption des coupables de crimes contre

l’humanité? Au contraire des époques précédentes qui prisaient le silence et l’amnésie, la nôtre

croit aux vertus de la parole pour guérir les plaies de l’histoire, reconstruire des sociétés minées

par la dictature ou les guerres civiles. Lire la suite »

Rédigé par Pierre Hazan

décembre 20, 2007 à 10:59

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