Pierre Hazan

Entretien : “L’art permet de travailler le passé pour inventer le présent”

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Article paru dans Le Temps, le 20.10.2011, propos recueillis par Arnaud Robert

- Pourquoi s’intéresser à la mémoire que l’on construit après un conflit?

Pierre Hazan: – La guerre a changé de forme ces dernières décennies. Les conflits n’opposent plus des Etats entre eux. Ce sont des conflits internes et ce sont les civils qui sont devenus des cibles. Plus de 80% des victimes ne sont pas des combattants. Dès lors, la question clef est de refonder l’unité nationale dans des sociétés fracturées, où des violations massives des droits de l’homme se sont produites. Pensons à l’ex-Yougoslavie, au Rwanda, en Afghanistan, au Sierra Leone, à l’Irak… Le défi du temps présent est la réconciliation. Et celle-ci passe par la construction d’une mémoire capable d’intégrer différents récits. D’où la multiplication des commissions vérité et réconciliation comme en Afrique du Sud. Ce mouvement s’accompagne aussi de son pendant culturel avec des nouveaux entrepreneurs de mémoire. L’impulsion ne vient plus seulement de l’Etat, mais aussi du bas, de la société civile, des associations de victimes, des ONG, voir des artistes eux-mêmes. Certaines de ses initiatives sont éphémères, d’autres durables. Mais l’important est la volonté de refonder des sociétés qui ont été déchirées par la guerre et des périodes de répression.

- Comment construire une histoire commune si chaque lobby qui représente un groupe de victimes se bat pour la reconnaissance d’une mémoire exclusive?

- C’est vrai que l’affaiblissement de l’état-nation laisse un espace pour l’émergence de mémoires alternatives, voire concurrentes. Le danger de mémoires communautaires repliées sur elles-mêmes est bien réel. Mais cette période est aussi porteuse d’espoir. Car elle offre l’espace d’élaborer des identités ouvertes et inclusives. C’est l’enjeu majeur pour l’Europe aujourd’hui  confrontée à la nécessité de redéfinir la citoyenneté dans un espace qui n’a jamais été aussi multiculturel, mais aussi guettée par le danger des replis identitaires.

- Quel est l’impact des médias électroniques sur la construction de la mémoire?

- Fonctionnant sur l’amnésie et le zapping permanent, ces médias provoquent en réaction une demande inépuisable de mémoire. Nous vivons ce moment paradoxal où, à l’effacement quasi instantané de la mémoire répond une demande mémorielle sans fin. Pendant la révolution égyptienne de février dernier, en marge du mémorial éphémère dédié aux victimes de la Place Tahrir tués quelques jours plus tôt, des mémoriaux virtuels en ligne étaient créés. Jamais distance n’a été si courte entre le passé et le présent.

- A quoi sert l’art dans ce processus?

- Il précède ou accompagne des mouvements de transformation profonde de la société. Par une vision subjective, l’artiste permet de rendre visible des choses qui le seraient moins. Quand Picasso peint Guernica en 1937, l’oeuvre contribue non seulement à définir l’identité de la ville mais elle devient aussi le symbole annonciateur de la barbarie moderne. De fait, il y a mille manières d’intervenir artistiquement. Certains artistes élaborent des contre-monuments, car ils rejettent les formes monumentales souvent récupérées par des idéologies totalitaires. D’autres inventent des formes d’intervention éphémères ou virtuelles pour contribuer à refonder la société après un conflit. Ils ne veulent pas forcément d’un alibi en béton, d’un alibi mémoriel. L’art permet de travailler le passé pour inventer le présent.

Entretien dans le journal Le Temps

Rédigé par Pierre Hazan

décembre 3, 2011 à 10:53

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“Ce communiqué d’ETA ne marque qu’une étape”

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Article paru dans lemonde.fr, le 20.10.2011, propos recueillis par Sandrine Morel

Pierre Hazan, professeur de justice transitionnelle à l’université de Genève, est l’un des cinq membres du Groupe international de contact créé en mars 2010 sous l’impulsion de l’avocat sud-africain Brian Currin et dont le but est de “faciliter la normalisation politique au Pays basque”.

Quelle est votre première réaction au communiqué de l’ETA annonçant “la fin définitive de l’action armée” ?

Je suis très, très heureux. Ce communiqué, nous l’attendions, nous l’espérions, nous le voulions. C’est la fin de quarante-trois ans de violence, qui a fait près de un millier de mort. Si la lutte armée est finie, comme il l’indique, ce sera un grand soulagement pour l’Espagne et le Pays basque.

Pensez-vous que ce communiqué signifie réellement la fin d’ETA ?

Tout d’abord, il faut rappeler que le dernier acte de violence d’ETA remonte à 2009. Fin avril 2011, j’ai rencontré le patron des patrons basque qui m’a montré une lettre d’ETA. Elle lui signifiait que “l’impôt révolutionnaire”, les extorsions qui servent à alimenter l’économie de la lutte armée, était terminé. Il faut donc inscrire ce qui s’est passé aujourd’hui dans un processus qui a commencé il y a deux ans de manière embryonnaire, s’est accéléré ces derniers mois et compte plusieurs épisodes. Ce communiqué ne marque qu’une étape.

Des membres d'ETA annoncent "la fin définitive de son action armée", jeudi 20 octobre.

Quelles seront les suivantes ?

Le Groupe international de contact a aidé à mettre sur pied un groupe de vérification du cessez-le-feu, qui n’a que quelques semaines. On peut imaginer que l’une de ses prochaines tâches sera la remise des armes dans un processus similiare à celui de l’IRA en Irlande du Nord. Puis il faudra aussi construire une nouvelle conscience dans une société qui a été divisée.

Qu’est-ce qui a conduit ETA à prendre cette décision ? Pourquoi maintenant ?

Je pense que trois facteurs ont été décisifs. Tout d’abord en décembre 2006, l’attentat dans le parking du Terminal 4 de l’aéroport de Madrid-Barajas [qui a rompu les négociations de paix menées entre le gouvernement socialiste de José LuisRodriguez Zapatero et ETA et lors duquel deux personnes ont été tuées, NDLR]. Cet acte criminel et tragique a provoqué une réflexion chez les leaders nationalistes qui a conduit à leur conversion lente et progressive en faveur de la fin de la lutte armée. Ces derniers ont entraîné derrière eux une grande partie des nationalistes et donc de la société basque.

Le deuxième facteur est l’efficacité de la lutte policière contre ETA, la coopération dans ce domaine entre la France et l’Espagne et les arrestations successives qu’elle a permises. Et le troisième, c’est l’engagement de la communauté internationale dans un processus de paix qui a débuté en mars 2010 par un manifeste, la déclaration de Bruxelles, signé par cinq Prix Nobel de la paix et une quinzaine de personnalités morales. Un engagement que notre Groupe international de contact a réaffirmé.

Quel a été votre rôle ?

Nous avons essayé de créer un environnement favorable au processus de fin de la violence. Nous avons rencontré beaucoup d’acteurs et mis sur pied la conférence de paix qui a eu lieu lundi dernier avec le soutien de l’association basque Lokarri. Nous avons noué des contacts avec tous les partis politiques à l’exception du Parti populaire, qui n’a pas souhaité nous rencontrer, et nous le regrettons. Pour mettre fin à la violence, il faut bien que les personnes puissent discuter et que les problèmes soient abordés.

ETA avait-elle besoin d’une mise en scène pour annoncer sa fin ?

Il existe une dimension de rituel dans le monde politique. C’est une réalité. L’injection d’une présence internationale, la nôtre, et de personnes de poids comme Kofi Annan, les ex-premiers ministres irlandais et anglais ou encore l’ancienne première ministre norvégienne, a donné confiance à toutes les parties pour aller de l’avant.

Rédigé par Pierre Hazan

octobre 20, 2011 à 8:05

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Commissions vérité : l’amnistie sans amnésie

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In Oser la paix, l’audace des « réconciliateurs », collection Le Mook Autrement, sept. 2011

Dans les années 1990, les images de tortionnaires confrontés à leurs victimes lors des audiences de la Commission vérité et réconciliation (CVR) en Afrique du Sud ont fait le tour du monde. Elles ont montré un pays qui a choisi la politique du pardon pour purger les crimes du passé et reconstruire une nouvelle identité nationale. Depuis lors, les Commissions vérité se sont multipliées sur tous les continents, déclenchant autant d’espoir que de controverses.

Les sociétés qui s’extraient des années de guerre civile ou de sanglantes dictatures affrontent immanquablement le même redoutable défi : comment reconstruire une société divisée par la violence politique ? Faut-il sanctionner les auteurs des violations des droits de l’homme qui ont détenu le pouvoir, possèdent des capacités de nuisance et risquent de relancer la guerre civile ? Ou, au contraire, doit-on tirer un voile pudique sur ces années de plomb et de sang, en laissant le temps effacer les blessures ? Le fondement des Commissions vérité est de refuser ce choix entre la justice pénale et l’impunité qui peut alimenter l’envie de revanche. D’élaborer une troisième voie qui vise à dissocier l’amnésie et l’amnistie. D’offrir « la vérité » aux victimes et à leurs proches sur les circonstances du crime, tout en leur refusant la condamnation pénale de leurs auteurs.

Cette amnistie sans amnésie est le ressort des Commissions vérité. Cette approche a été virulemment critiquée par les partisans de la justice pénale. Reed Brody, de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, a ainsi écrit que les Commissions vérité s’avèrent souvent être « des plaisanteries cruelles pour les victimes confrontées à leurs tortionnaires impunis ». Le journaliste argentin, Horacio Verbistky, souligne que « tenter d’imposer une réconciliation entre familles de victimes et bourreaux serait une attitude sadique s’agissant des personnes et futile s’agissant des sociétés. La seule base solide d’une refondation, disent-ils, c’est l’acceptation par tous les citoyens de la loi et de ses institutions.

Comprendre la virulence de ce débat nécessite de revenir sur la genèse de ces Commissions. Et d’analyser, en particulier, comment depuis l’exemple sud-africain, elles se sont érigées comme l’affirmation d’une justice supérieure à celle des tribunaux, provoquant en retour des critiques cinglantes.

De l’Amérique latine à l’Afrique du Sud

La première Commission vérité (son titre officiel est Commission nationale sur la disparition des personnes) est créée en Argentine en 1983. La nouvelle et fragile démocratie met sur pied cette commission pour faire la lumière sur l’assassinat de 30 000 opposants durant les années de dictature militaire (1976 – 1983). La voie des procès est alors bouchée : l’armée reste puissante et la junte militaire sortante a proclamé une auto-amnistie. Cette première Commission est un compromis « vendu » comme tel à l’opinion publique : les victimes et leurs proches n’obtiennent pas justice, mais reçoivent des informations précieuses sur les conditions de la disparition des leurs, permettant, lorsque c’est possible, de procéder à des exhumations et de rendre le corps des disparus à leur famille.

La Commission vérité n’offre pas seulement un certain soulagement aux familles des disparus, elle publie aussi un rapport qui officialise l’histoire des crimes de la junte militaire. Best-seller immédiat, cet ouvrage reconnaît au nom de l’Etat argentin la réalité des crimes politiques. Les crimes de la junte font désormais partie de l’histoire nationale. Par ce passage de la connaissance à la reconnaissance des crimes, un nouveau consensus national sur l’histoire récente se forge et affaiblit d’autant les négationnistes et tous ceux qui justifiaient la « sale guerre » au nom de « la lutte contre la subversion ».

Malgré tout, les expériences des Commissions en Argentine, puis au Chili (1989), sont ressenties par la plupart des démocrates comme des solutions insatisfaisantes devant l’impossibilité de châtier les auteurs de crimes. C’est l’Afrique du Sud qui va changer radicalement le regard sur les Commissions vérité.

Le charismatique archevêque et prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, président de la Commission vérité et réconciliation (CVR), va avancer plusieurs raisons pour privilégier l’approche d’une Commission sur d’éventuels procès. D’abord, en martelant l’impérieuse nécessité d’éviter une sanglante guerre civile. Desmond Tutu cite ainsi Martin Luther King qui disait que si blancs et noirs n’apprenaient pas à vivre ensemble, « ils mourraient tous comme des imbéciles ». Le pardon est donc une nécessité autant stratégique qu’éthique afin de construire la nouvelle Afrique du Sud. Car les anciens détenteurs du pouvoir blanc, qui contrôlent encore une partie de l’armée, ont prévenu : ils se battraient plutôt que d’être jugés. La création de la CVR permet de sortir de ce jeu à somme nulle, en conciliant la « vérité » sur les crimes sans compromettre la paix intérieure. La justice ne vise plus à châtier pénalement, mais à restaurer les victimes dans leur dignité et leurs droits.

Cela n’est en soi pas différent des Commissions précédentes. Mais l’intelligence de Desmond Tutu est, non pas de reconnaître la faiblesse de cette Commission, mais de s’appuyer sur son potentiel pour construire le discours de la réconciliation nationale. Comment ? En mettant au point une mécanique de l’aveu à forte puissance théâtrale. Ainsi l’ingénieuse loi d’amnistie qui pose comme condition que les auteurs de violence politique doivent se livrer à des aveux entiers et publics s’ils veulent échapper à la prison. L’efficacité pédagogique des aveux est d’autant plus grande que les médias retransmettent les auditions publiques, où les auteurs des crimes et leurs victimes ou leurs proches se font face. La Commission fonctionne comme une scène du théâtre où le passé de l’apartheid est donc rejoué et jugé symboliquement. Au terme de ce processus public, la reconnaissance des souffrances endurées vise à créer une nouvelle identité sud-africaine post-raciale, « la nation arc-en-ciel ».

Plusieurs études ont analysé l’impact de la Commission sud-africaine. L’un des résultats intéressants souligne que la grande majorité des victimes ont considéré que celle-ci était à la fois injuste, du fait de l’absence de châtiment, mais néanmoins indispensable afin d’éviter un bain de sang. Ce résultat montre la maturité des victimes qui ont estimé que, vu les circonstances, la Commission était la meilleure option possible en termes de réconciliation, même si elle était loin de la justice qu’elles espéraient.

L’une des critiques de fond adressée à la CVR fut celle du politologue ougandais Mahmoud Mamdani qui souligna que le mandat de la Commission divisait – selon lui, faussement – la population entre trois catégories : les auteurs de crimes politiques, leurs victimes directes (ou leurs proches), et l’immense majorité de la population transformée en spectateurs. Or, Mamdani souligne que l’apartheid était un régime d’exploitation, où selon sa race, on était soit un bénéficiaire, soit un exploité. Selon lui, la CVR a cristallisé l’opprobre sur un petit nombre de criminels, et non sur la violence structurelle dont souffrait l’immense majorité de la population (les noirs, les métis et les indiens) et dont bénéficiait la population blanche. Les membres de la CVR en étaient parfaitement conscients, sauf que l’enjeu dans ce moment délicat de la transition n’était pas de recourir à une justice redistributive des richesses, mais de conduire le processus le moins sanglant possible, en forgeant une nouvelle identité post-raciale. Ce qui a largement réussi.

Des commissions partout dans le monde

Plus encore qu’en Afrique du Sud, la CVR sud-africaine eut un extraordinaire écho international. Elle fut interprétée comme un instrument clef dans un processus de réconciliation. Ce succès généra dans d’autres pays la création de nombreuses Commissions, puisque sur la quarantaine de Commissions vérité créées, la moitié le furent ces dix dernières années. Au début 2010, sept commissions étaient en activité, respectivement au Canada, en Equateur, au Kenya, dans l’île Maurice, aux îles Solomon, en Corée du Sud et au Togo.

Cette multiplication des Commissions vérité n’est pas allée sans risque. Instrument par définition extrajudiciaire, flexible selon les circonstances et les rapports de force, les Commissions ont connu le meilleur et le pire, puisque leur mandat, leur méthodologie, leur durée, leur moyen d’investigation, leur ressource et leur mode opératoire, sont radicalement différents les uns des autres. Certaines Commissions ont fait un travail important et d’autres ont été des Commissions vérité, sans beaucoup… de vérité. Sur la quarantaine de Commissions vérité, Priscilla Hayner, dans son livre Unspeakable Truths, en dénombre cinq qui furent efficaces (Afrique du Sud, Guatemala, Maroc, Perou, Timor-Leste). D’autres furent démantelées avant terme (Serbie), incapable de mener leur travail (Congo), ou de fournir un rapport, ou encore, leurs recommandations ne furent jamais suivies d’effet.

Un point précis cristallisa presque toujours les débats : faut-il nommer les auteurs des violations des droits de l’homme ? C’est ce que fit la CVR sud-africaine affirmant la nécessité de l’opprobre public par le naming et le shaming des auteurs de violence politique. Mais la plupart des Commissions et notamment celles d’Argentine, du Maroc et du Guatemala ont estimé que tel n’était pas leur rôle. Ainsi, José Zalaquett, membre de la Commission chilienne, affirma que « nommer des auteurs de violations sans qu’ils puissent se défendre équivaudrait à sanctionner pénalement une personne sans qu’il y ait eu procès équitable ».

Autre point sensible de cette justice restaurative, les réparations : certaines Commissions en offrirent (Argentine, Chili, Maroc). La Commission vérité marocaine (2004-2006) fut même la première à offrir des réparations collectives à des communautés réprimées sous le règne du roi Hassan II. A Haïti comme au Salvador, le rapport de la Commission demanda la création d’un organisme chargé d’évaluer les réparations pour les dommages infligés aux victimes. Mais par manque de volonté politique, ces organismes ne virent jamais le jour, augmentant d’autant la frustration des victimes face à ces instruments de « réconciliation ».

L’un des points qui demeurent débattus à ce jour est l’impact des Commissions vérité sur les victimes. Selon les rares études qui existent – le plus souvent faites en Afrique du Sud – celles-ci tendent à montrer que la majorité des victimes connaissaient une détérioration de leur situation psychologique, au moins provisoire, après leur témoignage. Ces données sont complexes à interpréter : il faudrait comparer leur état avec celui des victimes qui ont témoigné lors de procès ou dont les tortionnaires vivent dans l’impunité la plus absolue. Au demeurant, certains psychologues estiment que ce processus de retraumatisation est une étape qui n’est pas forcément nuisible sur le long terme. Ces différents aspects montrent la complexité d’appréhender les effets sociaux des Commissions vérité.

En définitive, les Commissions qui ont donné de bons résultats ont relevé deux défis, d’abord celui de fournir une vérité factuelle sur des crimes politiques. Cela a permis aux proches des victimes de connaître enfin la vérité sur la disparition des leurs et, ainsi, de pouvoir commencer un travail de deuil. Cette « vérité » est aussi devenue le nouveau récit historique, par lequel l’Etat raconte une partie de son passé à ses citoyens et au monde, alors que souvent, jusque là, il niait l’ampleur de la répression. A cette vérité des faits s’est ajoutée ce que le juriste sud-africain, Albie Sachs, a appelé « la vérité dialogique », le second défi : faire émerger dans l’espace social, une nouvelle lecture sur le passé, née de la confrontation des faits et de la diversité des opinions et des points de vue. En provoquant un débat social sur le bien-fondé de la Commission vérité, en confrontant les avis sur le pardon et le châtiment, cette vérité dialogique permet aux citoyens de prendre conscience qu’ils ne sont pas seulement des sujets de droit, mais qu’ils participent à la démocratisation de leur société. Dans des sociétés où la répression et la violence étaient telles qu’elles incitaient les individus à se replier sur eux-mêmes, la mise en marche de cette dynamique sociale et de cette reconquête des droits de la citoyenneté n’est pas la moindre des réussites.

Pierre Hazan

Rédigé par Pierre Hazan

septembre 30, 2011 à 10:50

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Liban : Mémoires de guerres

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De ligne en ligne, Publication du Centre Pompidou, avril-sept. 2011

Pour aider des pays ravagés par les guerres civiles et les crimes politiques à se reconstruire, les États instituent des  commissions Vérité, des tribunaux internationaux, des lois mémorielles. Mais la vérité judiciaire épuisera-t-elle jamais l’infinie complexité de la violence d’une société qui se déchire ?

À l’heure où le controversé Tribunal spécial pour le Liban va procéder à des inculpations, Pierre Hazan nous montre à quel point les mémoires sont multiples et les vérités plurielles quant aux crimes perpétrés et subis. L’art, plus apte à exprimer l’inconcevable, n’a pas attendu la justice pour lutter contre l’oubli.

Depuis des mois, la classe politique libanaise se déchire. La « vérité » sur l’assassinat d’un ancien Premier Ministre libanais[1] est-elle une arme de paix ou conduit-elle à de nouveaux affrontements ? Mais quelle « vérité » le procureur du Tribunal spécial pour le Liban entend-il dévoiler ? Et derrière cette « vérité » judiciaire qui n’a pas encore été dévoilée au moment où ces lignes sont écrites, combien d’autres « vérités » attendent peut-être d’être encore dites ?

Une chape de plomb n’engendre pas l’oubli

Jusqu’à la création du Tribunal spécial pour le Liban, ce pays s’était toujours reconstruit sur l’amnistie. Les élites politiques avaient la conviction que l’oubli était le meilleur garant de la stabilité et de la paix retrouvées. C’est pour cela que le 26 août 1991, le Parlement libanais adopta la loi d’amnistie générale qui éteignit le risque de poursuites judiciaires après les guerres civiles de 1975-1990, en dépit de 140 000 morts, 17 000 disparus, 180 000 blessés et de centaines de milliers de déplacés et d’exilés. C’est pour cela encore que, jusqu’à aujourd’hui, les autorités libanaises ne veulent pas procéder aux exhumations des fosses communes de crainte d’aviver la soif de revanche et de violence, en dépit des pressions insistantes des familles de disparus. C’est pour cette même raison qu’il n’existe aucun manuel unifié d’histoire contemporaine du Liban, manuel pourtant prévu par les accords de Taëf de 1989 qui mirent fin à la guerre civile.

Mais la chape de plomb sur ces quinze ans de conflits n’a pas enfanté l’oubli. Elle a au contraire suscité une profusion de récits et de mémoires, souvent fragmentaires, parcellaires, volontairement subjectifs. Récits autobiographiques, témoignages d’hommes politiques, de chefs de milice, d’hommes de troupe, œuvres de fiction, bandes dessinées, pièces de théâtre, films, documentaires, analyses académiques… Autant de tentatives de « commémorer », de littéralement « faire mémoire avec » ce passé de la guerre, où dans un jeu d’alliances tournantes, les alliés d’un jour – tant intérieurs qu’extérieurs – devinrent les ennemis du lendemain. Où les massacres succédèrent aux massacres : Damour, Sabra et Chatila, Tal-el-Zatar, et tant d’autres. Difficile de démêler les responsabilités dans cette spirale de la violence, comme le souligne Georges Corm: « Les Libanais sont morts de tant de façon différentes, pour des causes si multiples et sous le coup d’adversaires si divers, de l’extérieur et de l’intérieur… Il a été dangereux de s’émouvoir pour le Liban car derrière chaque mort de Libanais, il était difficile de savoir qui se cachait : un Israélien, un Syrien, un Palestinien, un phalangiste, un Frère musulman, Les Brigades Rouges, La bande à Baader, la mafia, un Libyen… »

Guérir du passé

Confrontés à la fois à la nécessité de briser le pacte du silence officiel et à la multiplicité des conflits regroupés sous l’appellation de « guerre civile », beaucoup d’auteurs de fiction racontent la violence débridée des années de guerre, l’innocence à jamais perdue, puis la difficile reconstruction d’êtres à l’âme blessée. Rawi Hage dans De Niro’s Game brosse le récit haletant d’une odyssée chaotique de deux jeunes hommes plongés au cœur de la guerre civile à Beyrouth dans les années 1980. Wadji Mouawad, dans sa pièce de théâtre Incendies, prévient qu’il n’existe nul abri face à la contamination de la violence : « Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, nous inonde et nous noie. »

Presque toutes ces œuvres fonctionnent sur le ressort du secret et de l’ambivalence qui lui est souvent liée. Vouloir savoir : pour se libérer du tabou du silence et pour que les morts puissent reposer en paix. Ne pas vouloir savoir : par peur de ce que l’on pourrait peut-être bien découvrir et que l’on pourra plus jamais ignorer. À en devenir insomniaque. Ou au contraire, à s’abîmer dans la somnolence. Dans les deux cas, rivés au passé. Dans le film A Perfect Day (2005) de Joana Hadithomas et de Khalil Joreige, le héros, Malek vit à Beyrouth avec sa mère Claudia. Il est victime d’apnée du sommeil et de somnolence. Dans la même journée, Malek va convaincre sa mère de déclarer la mort de son père, disparu quinze ans plus tôt, tenter de reconquérir sa petite amie Zeina, et essayer de comprendre sa maladie. Dans Valse avec Bachir (2008), un Israélien, trente ans après, essaie d’exorciser les rêves qui l’empêchent de dormir depuis l’invasion du Liban par Israël jusqu’à l’assassinat de Bachir Gemayel et aux massacres de Sabra et Chatila. L’apnée de sommeil de Malek et les insomnies de l’ex-soldat israélien se rejoignent. Comment vivre après ? Comment s’extraire du brouillard de la somnolence et trouver le sommeil apaisé ? Wajdi Mouawad fait dire à l’un de ses personnages au bout de sa quête : « À présent, il faut reconstruire l’histoire, l’histoire est en miettes, doucement, consoler chaque morceau, doucement guérir chaque souvenir, doucement, bercer chaque image. »

Mais l’État ne pourra pas toujours se dissimuler derrière le génie de ses cinéastes, de ses dramaturges, de ses romanciers et d’autres encore, pour se raconter. L’helléniste Pierre Vidal-Naquet faisait remarquer que « les peuples qui n’ont pas de mythe ont froid ». Comment ce pays morcelé, fracturé en plusieurs projets de société, riche de ses dix-huit communautés et d’un passé fait autant de sang versé que de convivialité, se forgera-t-il un mythe ? Sa réponse déterminera l’avenir du Liban.

Pierre Hazan

spécialiste des relations internationales, auteur et journaliste
auteur notamment de Juger la guerre, juger l’histoire, PUF, 2007.


[1] Rafic Hariri, assassiné à Beyrouth le 14 février 2005.

Rédigé par Pierre Hazan

avril 30, 2011 à 10:40

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Guadeloupe : le chemin vers la construction d’une société post-raciale

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Protestinfo, février 2011-02-17

En 2009, la Guadeloupe a connu 44 jours de grève. Dans cette ancienne colonie devenue département français d’outre-mer, le climat social et racial reste lourd. Chômage de masse des jeunes, inégalités et frustrations de la population s’additionnent au ressentiment né du passé esclavagiste de l’île. Tout cela crée un terreau favorable à de futures violences. En Martinique voisine, un leader syndicaliste a appelé les « békés » – descendants des propriétaires d’esclaves et souvent patrons -, « profiteurs et voleurs » à quitter l’île.

Devant la montée des tensions en Guadeloupe, l’association Agape, sous la conduite du pasteur Girondin a organisé à la fin janvier 2011 dix jours de manifestations intellectuelles, culturelles et artistiques autour du thème de « la justice, la paix et la réconciliation ; une contribution protestante à une concorde sociale». Avec une conviction que martela en son temps Martin Luther King : « Si nous n’apprenons pas vivre ensemble, nous mourrons tous comme des imbéciles ».

Durant ces jours, il y eut des rencontres publiques, une pièce de théâtre, un concert et une manifestation en faveur de « la réconciliation » dans les rues de Port-au-Prince. Ce furent des journées riches d’échanges, d’émotions et de paroles, mais aussi lourdes des défis sociaux que doit relever l’île antillaise. Le pasteur Girondin avait invité à ces manifestations des spécialistes de Martin Luther King et de son combat non-violent, dont le pasteur lausannois Serge Molla, Frédéric de Coninck, Neil Blaugh et Curtiss Paul Deyoung. Pour ma part, devant la force des interventions dans le public, j’ai abandonné l’intervention prévue et décidé de réagir à ce que j’entendais. En voici le texte :

J’ai été très touché par ce que j’ai entendu depuis que je suis arrivé en Guadeloupe. A tel point que j’ai renoncé à prononcer le texte que j’avais prévu pour aborder les questions soulevées dans le public. Comment fait-on pour passer d’une société qui fut esclavagiste à une société post-raciale ? Comment fait-on lorsque les injustices d’hier conditionnent les inégalités présentes ? J’ai entendu ces jours les frustrations actuelles et le besoin de reconnaissance face aux crimes de jadis. Cela me rappela les propos de Kofi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU, lors de la conférence contre le racisme qui se tint dans la ville sud-africaine de Durban en 2001, lorsqu’il évoqua l’héritage de l’esclavage : « Par l’intermédiaire de leurs descendants, les morts réclament que justice soit faite, la douleur et la colère sont encore là ! »

En 1948, dans la préface qu’il écrivit au texte de Victor Scholcher « Esclavage et colonisation », Aimé Césaire notait que « l’occident est coupable non seulement du passé, mais de son regard sur le passé ». Il est vrai que les gouvernements occidentaux n’ont jusqu’à ce jour pas pris la pleine mesure de ce que fut la traite des esclaves. Et lorsqu’ils la reconnaissent, c’est aussitôt pour ajouter que les responsabilités furent partagées entre les chefs africains qui capturèrent et vendirent les esclaves, les marchands arabes qui participèrent à ce commerce et les puissances occidentales. L’argument n’est pas infondé, même si ce tragique trafic d’êtres humains suivi de l’exploitation de ces millions de malheureux et de leurs descendants bénéficièrent bien davantage aux sociétés occidentales qu’à certains chefs africains.

Mais revenons à Kofi Annan. Il constata, lors de son intervention de Durban, la difficulté à identifier les responsabilités si longtemps après l’abolition de l’esclavage: « Le passage des générations a brouillé les responsabilités dans l’exploitation et dans l’extermination des peuples autochtones par des puissances coloniales et dans l’utilisation de millions d’êtres humains comme marchandises ». Puis, Kofi Annan lança un double appel. Aux Africains il  demanda de « ne pas rechercher nécessairement dans les crimes passés, l’origine des inégalités présentes ». Mais aussitôt, il rappela aux ex-puissances esclavagistes que « le mal-développement résulte en grande partie d’injustices terribles commises dans le passé et que l’homme ne vit pas que du pain ». Ce que le Secrétaire général de l’ONU cherchait à faire, c’était de demander aux anciennes puissances colonisatrices d’assumer les pages sombres de leur histoire et d’offrir de leur plein gré une reconnaissance qui soit aussi matérielle. La conférence de Durban échoua, mais elle mis le doigt sur le choc des mémoires.

  • Que faire en effet pour s’extraire de cette situation, lorsque la lecture du passé oppose les sociétés qui portent en elle la douleur de l’esclavage et d’autres qui en profitèrent et affichent aujourd’hui leur exaspération devant toute idée de « repentance » ?
  • Que faire lorsque le président Sarkozy à l’occasion du discours de Dakar affirma que « l’homme noir n’est pas encore entré dans l’histoire », alors que la présence de millions de descendants d’esclaves dans les Antilles et dans les Amériques témoignent du fait que « l’homme noir » fut précipité dans l’histoire européenne et américaine de la pire manière ?
  • Que faire encore lorsque ses ancêtres ont fait l’expérience de la trahison des chefs africains et que l’on est soi-même le produit du sang mêlé des esclaves et du maître ?

L’archevêque sud-africain, Desmond Tutu souligna il n’y a pas si longtemps que « nous possédons des instruments traditionnels ou nouveaux, des instruments juridiques ou extra-juridiques, pour faire émerger la vérité et avancer vers la voie de la justice et de la réconciliation. Mais ici, en Guadeloupe, quel instrument est-il le mieux adapté à ce but ? Car chaque société est différente et doit élaborer ses propres méthodes. La réponse de l’Afrique du Sud ne fut ni celle de l’ex-Yougoslavie, et pas davantage celle de l’Argentine, du Liban ou de la Sierra Leone. C’est à vous, Guadeloupéens, de décider ce qui est la solution la mieux adaptée à votre situation.

Pour ma part, poser la question de la construction d’une société post-raciale revient déjà à faire le premier pas. C’est montrer qu’il existe une attente et que cette attente doit être satisfaite pour pacifier la société. C’est faire surgir une parole qui ne pourra plus être niée. C’est, autrement dit, lancer une dynamique sociale dont les effets sont encore imprévisibles, mais porteurs d’espoir.

Ne croyons pas pour autant que chacun doit avoir le même avis. Dans nul endroit du globe, les victimes, ou leurs descendants, ne sont un groupe monolithique et cela est bien ainsi. Laissez-moi vous donner un exemple qui ne s’applique pas à la Guadeloupe, mais qui montre que les victimes peuvent avoir des positions diamétralement opposées, bien que légitimes. Dans les années cinquante, la question qui divisa le plus profondément la société israélienne fut la question des réparations avec l’Allemagne fédérale. Une partie des rescapés des camps rejetèrent toute idée de réparation, jugeant qu’il y avait eu de « l’irréparable », de « l’impardonnable » et que l’on ne devait pas accepter « l’argent du sang ». D’autres, au contraire, estimèrent que pour alléger les difficultés du quotidien, il n’y avait nulle honte à recevoir quelque argent d’un gouvernement qui succéda au llle Reich.

Le virulent débat que connut Israël sur les réparations, comme celui qui eut lieu en Afrique du Sud sur les mérites ou les défauts de la Commission Vérité et Réconciliation, eurent une indéniable qualité : celle de faire dialoguer une société. De faire émerger des voix qui s’exprimaient non seulement sur le passé, mais à travers l’évocation du passé, discutaient des valeurs et des normes présentes. Cette vérité dialogique est capitale, car elle est le signe d’une société qui prend son destin en main, où les choix sont désormais librement discutés, mis en cause et négociés. C’est une société qui avance, permettant de dépasser des identités closes accoucheuses de violence et de rejet de l’autre.

Je fais confiance aux Guadeloupéens de trouver le bon forum, la bonne voie pour élaborer une mémoire inclusive et que celle-ci soit reconnue à sa juste place. Car le passé peut être un fardeau qui écrase. Il peut être aussi un socle qui aide à grandir. Une chose est cependant sûre : lorsqu’il s’agit d’événements traumatiques, le passé ne passe jamais. La question est dès lors, comment faire pour mieux vivre avec lui, que cela soit avec les autres ou avec soi-même.

Pierre Hazan

Pierre Hazan est maître de conférences à SciencesPo Paris. Il est l’auteur notamment de Juger la guerre, juger l’histoire, du bon usage des commissions vérité et de la justice internationale, PUF, 2007, et de La paix contre la justice ?, AVE/GRIP, 2010.

Rédigé par Pierre Hazan

février 17, 2011 à 10:45

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Tribunal spécial pour le Liban: sortir du piège de la justice sélective

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Le Temps, jeudi 2 décembre 2010 (repris par Courrier International)

Libération, lundi 6 décembre 2010

Cinq ans après l’attentat qui coûta la vie à l’ex-premier ministre Rafic Hariri et à une vingtaine de personnes qui se trouvaient à proximité, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) va émettre dans les prochains jours, ou tout au plus dans les prochaines semaines, ses premiers actes d’accusation. Ce sera un test crucial à la fois pour la stabilité du Liban et pour la justice internationale. Le premier tribunal onusien, chargé de réprimer le crime de «terrorisme», pourra-t-il remonter jusqu’aux commanditaires sans altérer le fragile équilibre politique libanais? On ne compte plus les mises en garde, selon lesquelles ces actes d’accusation seraient le déclencheur de nouveaux affrontements armés au Liban, ni les déclarations du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui voit dans le tribunal le produit d’une conspiration américano-sioniste, avertissant que quiconque collaborerait avec cette Cour verrait ses mains tranchées.

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Rédigé par Pierre Hazan

décembre 5, 2010 à 10:51

Publié dans Opinions

Beyrouth: le procès qui fait peur

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Le Nouvel Observateur, 9 septembre 2010

Beyrouth, le procès qui fait peur

Cinq ans après l’assassinat de Rafic Hariri, le Tribunal spécial pour le Liban va rendre publics ses actes d’accusation. Une première. Dans ce pays ravagé par la guerre, l’impunité avait jusque-là toujours été la règle.

La justice internationale peut-elle exister dans un pays où la mémoire est verrouillée, l’Etat faible, la société divisée et le risque d’affrontements intérieurs réels ? Cette interrogation a pris une nouvelle tournure avec les déclarations de lundi dernier de Saad Hariri qui absous la Syrie de toute implication dans l’attentat du 14 février 2005, lorsque 1 200 kilos de TNT pulvérisèrent la voiture blindée de l’ex-Premier ministre, Rafic Hariri, en provoquant la mort de 22 autres personnes.

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Rédigé par Pierre Hazan

décembre 5, 2010 à 10:03

Publié dans Opinions, Press

Condamner par gain de paix

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Le TEMPS, 30 oct. 2010

Dans un nouveau livre, Pierre Hazan, spécialiste de la justice internationale, explore l’impact de la diplomatie judiciaire sur les conflits. En voici deux extraits
Désormais, à chaque crise internationale, la question de l’intervention de la justice internationale se pose: de l’Ouganda au Soudan, du Liban au conflit israélo-palestinien, du Sri Lanka à la Colombie. Cette mondialisation de la justice, aussi imparfaite soit-elle, est une réalité. Elle a généré un profond enthousiasme de la part de sociétés civiles du Nord comme du Sud, mais aussi de réelles inquiétudes d’un certain nombre de gouvernements, ainsi que passablement de scepticisme auprès d’observateurs, craignant que, sous le couvert du droit, de la protection des victimes et de la sécurité internationale, la justice ne soit instrumentalisée à des fins politiques et contribue non à renforcer mais, au contraire, à fragiliser des processus de paix. Lire la suite »

Rédigé par Pierre Hazan

octobre 31, 2010 à 10:38

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Nouveautés/news

Judging War, Judging History, Behind Truth and Reconciliation, Stanford University Press, 2010

In a country or community fractured by war and mass violence, who is to determine “justice” and how it should be achieved? Truth commissions, international courts, and financial restitution are some of the various solutions that have been used in recent years. However, these broad efforts at transitional justice may themselves backfire, and sometimes lead to further injustice. Given its own limitations and battered by political pressure from all sides, transitional justice is an imperfect solution. Yet as Pierre Hazan contends in his new book, it constitutes our best hope for liberation from a cycle of violence begetting vengeance and more violence. Judging War, Judging History takes a hard look at the growing use and influence of truth and reconciliation commissions and the increasing importance of transitional justice in contemporary conflict resolution.

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La Paix contre la Justice?, éd. AVE-GRIP, 2010

De l’ex-Yougoslavie au Soudan, du Proche-Orient au Cambodge, la question de l’intervention de la justice interna tionale se pose désormais à chaque conflit, suscitant immanquablement de virulentes controverses. Deux thèses s’affrontent : les uns ne voient dans cette justice qu’une arme utilisée ou délaissée par les gouvernements selon leurs intérêts du moment. D’autres considèrent au contraire la lutte contre l’impunité comme le socle d’un État de droit et d’une société démocratique. La justice est-elle un obstacle ou une condition à la paix ?

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Localizing transitional justice

Interventions and Priorities after Mass Violence

Edited by Rosalind Shaw and Lars Waldorf, with Pierre Hazan

Through war crimes prosecutions, truth commissions, purges of perpetrators, reparations, and memorials, transitional justice practices work under the assumptions that truth telling leads to reconciliation, prosecutions bring closure, and justice prevents the recurrence of violence. More

Rédigé par Pierre Hazan

octobre 26, 2010 à 11:32

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Justice internationale, un bilan amer

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Le Temps, mardi 15 juin 2010

Au temps des politiques de nettoyages ethniques, la justice pénale internationale représente un fantastique espoir de lutter contre l’impunité dans beaucoup de sociétés, mais elle est aussi accusée d’être politiquement manipulée. Ces virulentes controverses souffrent d’une lacune qui est désormais en partie comblée: il manquait en effet une analyse factuelle globale sur l’impact de la justice internationale qui démontre que seulement 1% des criminels de guerre sont inculpés par la justice internationale. Lire la suite »

Rédigé par Pierre Hazan

juin 15, 2010 à 11:22

Publié dans Press